Cher Tetiama,
« L’accumulation de cols comme d’alcools nous rend joyeux, agressif, ou triste! »
Tu supportes mieux l’alcool que moi, qui n’en boit jamais. On dit de l’alcool qu’il peut être triste, agressif, joyeux… suivant les alcools, les émotions ne sont pas les mêmes. Tu as certainement connu plusieurs état d’ivresse – Et tu sais qu’il est difficile de s’en rendre compte sur l’instant. On ne se sait triste, gai ou agressif en étant ivre que dans le regard des autres.
Il y a une similitude entre l’excès d’alcool et l’excès de cols dans le voyage à vélo, entre l’ivresse et la fatigue : leurs excès fini par troubler nos perceptions et nous rendre gai, triste, désabusé, endormi, agressif… suivant la qualité des cols consommés. Bref, excès d’alcool ou de cols, tu perds le contrôle !
Si certains se mettent à insulter la terre entière et le l’ouvreur en particulier, d’autres se demandent tout à coup que font-ils là, au milieu de nulle part. Il faudra apprendre à gérer ces états seconds pour continuer le voyage – ces états se mélangent et parfois nous submergent.
Plusieurs stratégies pour gérer cela, elles ne sont ni excluantes, ni exclusives.
Stratégies frontales – prendre à bras le corps la fatigue.
– Exprimer sa frustration : tu peux continuer à insulter la terre entière, les cailloux malicieux et les ronces tenaces de ton chemin, si cela te permet de dégazer. Les seuls dommages seront pour les oreilles des animaux, de tes éventuels compagnons de route et pour les acouphènes du gentil organisateur.
– Créer un talisman : tu peux également te fabriquer un gri-gri, que tu auras chargé émotionnellement avant le voyage de mémoires positives. Il aura pour mission d’être ton garde-fou : laisse bien visible sur ton vélo – cela peut être un patch, un autocollant, un foulard…
– Faire des pauses réfléchies : prends le temps de t’arrêter, de respirer, d’admirer le paysage. Ces pauses te permettent de reconnecter avec le moment présent et de réduire le stress accumulé.
Stratégies de contournements – nécessite un peu plus d’expérience.
– Établir un rituel : tu peux te créer un rituel, un réflexe préventif pour gérer la fatigue, même si cela nécessite un peu plus d’expérience pour détecter les premiers symptômes : Démotivation, doute, euphorie peut être ? Et savoir faire le dos rond pour laisser passer la vague.
– Grimper un arbre décisionnel : une autre façon de faire, que m’a partagé Mika, un adepte d’ultra aussi. Tu peux préparer un arbre décisionnel pour guider ton diagnostique de façon quasi mécanique : Tu doutes ? Oui / Non. Tu es malade ? Oui / Non. Tu as mal au jambes ? Non / Non (!) -> « Continu de pédaler, feignant – sourit et profite du paysage ! » (de la pluie / de la boue / de la tempête…. Rayez les mentions inutiles)
– Se fixer des objectifs réalistes : ajuste tes objectifs en fonction de ton état. Reconnaître ses limites permet de mieux gérer la fatigue et d’éviter la surcharge.
J’imagine que tu as eu des expériences similaires – au delà des soirées enivrées, hein ! – mais dans ton travail, en atelier ou dans un bureau : tu réalises ou tu fabriques quelque chose, mais la concentration viens à manquer et tu te remet a reprendre la même ligne, tu te surprends a relire le même texte et comme un mantra, la révélation ne vient pas à toi. Rappel toi de ta façon de gérer cela, c’est peut être quelque chose que tu peux appliquer aussi sur les chemins. Et vice versa.
Alors, quand nous serons ensemble sur les chemins, plutôt que te demander « Bonne journée ? je te m’informerais par un « Bien fatigué ? « et je ne doute pas que tu me retournera la politesse d’un voyageur.
Et toi, comment gères-tu la fatigue au quotidien ou en voyage ?
Publié initialement sur Facebook, le 9 janvier 2024.



