Cher Tetiama,
« Mieux vaut entretenir que guérir »
Si la médecine occidentale est symptomatique, l’approche chinoise de la médecine est plus axée sur la prévention. Il y a dans notre imaginaire un médecin sage de la famille n’est pas payé si l’un de ses membres tombe en maladie. Sa mission première n’est pas de guérir, mais bien de prévenir et préserver les équilibres des foyers.
En parcourant les routes et les chemins, ton vélo deviendra bien plus qu’un simple moyen de transport, il sera membre à part entière de ta famille, en plus de ton père. Et tu tisseras, tu renforceras des liens d’affection avec ta monture, au-delà de sa mission fonctionnelle première. Comprendre ses qualités et ses défauts, ses zones de conforts et là où il rechigne à aller, en prendre soin jour après jour est essentiel pour un voyage dans les meilleures conditions (je parle bien de ton vélo, pas de ton vieux père !).
Et comme dans toute famille, il y a des réflexes et des routines qui, pratiqués régulièrement, t’offrent une grande liberté.
Un vélo grince, claque, fait des bruits, il te parle quand il a besoin d’attention. Et comme un médecin chinois, il vaut mieux prendre 5 minutes pour l’entretenir plutôt que 5 heures pour le guérir. C’est pour cela qu’avant de partir sur les routes et les chemins il faut que la maintenance soit une routine, un automatisme pour pouvoir opérer dans toutes les conditions : régler se freins, ses vitesses, réparer une crevaison, entretenir sa chaîne… Pas seulement sur le pied d’un atelier, mais aussi avec les doigts engourdis par le froid ou plissés par l’humidité, les différents organes de ton vélo enfouis dans une boue visqueuse – dans la pénombre parfois et apprendre à maintenir sans réfléchir, mais pas sans flegme.
Alors comme un médecin, encore une fois, voit chaque incident que tu rencontres, chaque arrêt que cela provoque comme une formation continue, une nouvelle occasion pour apprendre, pour trouver des solutions, temporaires ou permanentes, pérennes ou d’urgence. C’est dans ces moments que tu graves l’entretien et l’anticipation en réflexes : « Si seulement j’avais pris 5 minutes ce matin pour… » Avec la pratique, tu riras de toi-même d’avoir paniqué de ta première crevaison et tu souriras avec la fierté légitime des solutions ingénieuses, trouvées pour continuer à avancer malgré tout, la boue, le froid, la nuit ou la solitude. Et surtout, tu trouveras ces 5 minutes pour entretenir et écouter ton vélo.
Car ce que tu fais avec ces petits incidents, qu’ils soient anticipés ou guéris, c’est de continuer a renforcer les liens avec ton vélo – et avec ton père aussi dans ce voyage – c’est cultiver ton autonomie.Alors, ne vaut-il pas mieux entretenir 5 minutes par jour ta liberté plutôt que devoir la guérir pendant 5 heures ?
PS : évidement cela s’applique aussi au monde du travail, après tout, être salarié d’une entreprise, entrepreneur ou être indépendant, c’est comme s’équiper d’un paquebot, d’une voiture ou d’un vélo pour avancer et de la même manière, il vaut mieux entretenir que guérir ce qui fait avancer tout cela. Les relations sociales, les feuilles de route, remplacent simplement ta chaîne de transmission et autres traces à suivre…
Publié initialement sur Facebook, le 20 mars 2024.



