Cher Tetiama : « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

09/03/2024

Cher Tetiama,

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

Ce proverbe africain raconte bien la force du collectif et la force de l’individu – sans pour autant les mettre en opposition. Pourtant, dans notre ère du tout connecté, nous avons ajouté à cette sagesse le « seul ensemble » : dans les transports, sur les places publiques, pour chaque minute d’attention, nous sommes engloutis dans nos écrans, à la fois seul, et tous ensemble. C’est aussi pour cela que nous roulons, pour nous reconnecter à soi et à l’autre ?

Sur la route, nous serons en duo, père et fils. Mais prévoyons les moments où nos chemins se sépareront brièvement. Que tu sois en avance ou en retard, pour une heure, ou une journée, tu auras peut être la chance d’observer diverses compositions sur ton chemin : des solitaires, des duos souvent et parfois plus. Seul, tu feras néanmoins partie de ces ensembles, un fil continu de compagnons de route qui suivent la trace, comme autant de notes et d’accords sur une partition invisible.

Chaque combinaison à son harmonie et ses silences propres :

Solo. Seul on va plus vite. Pas de synchronisation nécessaire : le voyage en vélo et le voyage intérieur se confondent en au même rythme – pas de bavardage, sauf avec toi même, de rythme et de calendrier à partager. Seul on ne peut pas faire de cacophonie.

Duo. On entame les conversations soutenues et a bâton rompu aussi. Les silences deviennent signifiants à deux, là où il n’était qu’oiseaux et bruissements. On peut rire aussi à deux. Et s’encourager mutuellement. C’est le début d’une cordée.

Trio. Une trinité équilibrée. Le début d’une dynamique de groupe se forme. Chacun ses propres forces, un champion peut émerger, plus téméraire, poussé par la présence, le regard ou le besoin de ses compagnons de route. Cette dynamique oscille entre moments de convergences où les décisions sont prises d’un accord commun et des instants de tension où les divergences dues à la fatigue mettent à jour les personnalités cachées. On en rira aussi de ces moments plus tard. Ou pas.

Quatuor. La recherche d’équilibre. C’est plus que deux duos. Un groupe de 4 peut être constitué de 2 personnalités fortes, qui se mettent en compétition au risque de la cohésion du groupe. Les dynamiques commencent à se figer par le nombre critique et chacun semble se couler naturellement dans un rôle.

Quintette ou plus. Un orchestre mobile – un trio, des duos, des solos – tout est possible avec un quintette à vélo ! L’énergie du groupe est le sixième passager, qui peut porter ou fissurer la communauté. Les moments de fatigue et d’épuisement testent toutes les combinaisons de trio, duo et solos. Le quintette est un roman d’aventures et une musique d’improvisation à lui tout seul, avec ses hauts et ses bas, ses conflits et résolutions où chaque membre apprend à jouer un rôle crucial où chacun aura son moment de gloire.

Un, deux, trois, quatre, cinq et plus, on retrouve évidement cette musique de groupe au travail et dans la vie quotidienne. En vélo comme dans le reste, il s’agit d’apprendre à conjuguer dans les différents environnements, les différents leviers pour alimenter et gérer une dynamique de groupe pour aller plus vite seul et plus loin tous ensemble, dans le même temps. Et tous les embarquer qu’ils soient taiseux, bavards, bravaches, timides, taquins ou fiers.

Et toi, es-tu plutôt solitaire, taiseux, leader explorateur ou second couteau aiguisé dans une bande de joyeux rouleurs aux liaisons élastiques ?

Publié initialement sur Facebook, le 9 mars 2024.

Anuhi Lou