De l’esthétique des IHM : période fonctionnaliste

08/09/2006

Cars_and_internauts

Nous sommes aujourd’hui à l’année zéro de l’esthétique des IHM. Assez proche toutefois de l’état de la situation d’avant 1929, juste avant l’avènement de l’esthétique industrielle par Raymond Loewy.
(Réflexions sur l’évolution du design des IHM suite à une discussion avec Audrey et Fabrice de Yades)

Aujourd’hui, nous sommes dans une période fonctionnaliste, il en résulte un design » à la google »… à ne pas confondre avec l’acte de googeliser ou de se faire googeliser… Non, nous sommes à l’âge des prouesses technologiques et de ses usages balbutiants.

Il y a un parallèle saisissant entre une interface à « la google » et ces premières voitures dont les mécanismes étaient apparents ; ils partagent le même archétype : une glorification de l’efficace, du fonctionnel. La forme n’existe pas : le fond EST la forme ! Et toutes les deux possèdent en elles-mêmes les germes de leurs limites, dans leur absence de forme.

Clignotants, rétroviseurs, cadrans, leviers de vitesse, guidons… sont devenus les petits mots d’une histoire de conquête et de puissance dont la grammaire est adaptée par les designers pour être utilitaire, sportive, familiale… 

On parle aujourd’hui, pour les voitures de positionnement, gammes, valeurs, et toutes catégories confondues. La gloire n’est plus à la prouesse technique : elles ont toutes le même rôle fonctionnel, unique, monocellulaire :  vous amener d’un point A vers un point B.

Même les innovations technologiques sont plus des prétextes de communication et ne sont pas techniquement visibles : ABS ESB VTEC et autres fioritures ornent en bonne place les brochures glacées. (On évoque ici leur impact sur la perception du produit, pas du tout sur l’apport sécuritaire, évidemment !)

Quelles formes auront donc nos IHM ? Une fois assimilé le fait qu’une interface nous mène d’un point A à un point B. Différentes catégories se dessinent déjà :

  • Transport de personnes : les interfaces qui amènent les personnes vers d’autres personnes… social networking, que ce soit sur un mode professionnel et/ou personnel et intime…
  • Transport de groupe : forum et newsgroups sont administrés par plusieurs personnes, parfois sur plusieurs fuseaux horaires, qui peuvent assurer une continuité dans la gestion et l’administration du site
  • Transport d’entité : à votre fenêtre, commerces et services du monde entier défilent
  • Transport d’informations : actualités, histoires, archives, courrier, photos, musiques, films, jeux… c’est évident pour tout le monde aujourd’hui
  • Transport de données : très souvent convoyage de gros, peu visible du grand public, le back-office des entreprises.

Les pratiques de ces  transports peuvent être, de la part des utilisateurs, des actes volontaires, accomplis avec la conscience des répercussions techniques de ces propres actes.

  • Volontaires et conscients : je sais ce que je fais et j’en vois les résultats immédiatement
  • Volontaires hors-conscience : je sais ce que je fais, et quelqu’un ou quelque chose « travaille » pour moi  (robots et daemons)
  • Involontaires et (plus ou moins) conscients : traces et signatures de mes passages dans les réseaux, réputations

Les (quelques) valeurs fortes d’où émergeront toutes les idées pour la perception et la communication future proche du net… J’en ai certainement oubliées. N’hésitez pas si vous avez des idées !!

  • Efficacité / Information: je veux aller d’un point A à un point B, plus ou moins directement…
  • Transparence / Win-win : des services gratuits sont nombreux. Combien cela  me coûte réellement ?
  • Ubiquité / Accessibilité : les services que j’achète, les gens que je rencontre sont-ils accessibles physiquement partout dans le monde, à n’importe quelle heure ? en réel et en virtuel.
  • Propagation / Réputation : qu’en est-il de la discrétion du moteur ? Y’a-t-il émissions polluantes qui risquent de ternir ma réputation ? On pense aux robots collecteurs et aux spams…

Bon, c’est bien joli de théoriser (n’est-ce pas Audrey ?), mais concrètement, qu’est-ce que cela vous rapporte ? je veux dire à part faire une nouvelle visualisation, enrichir l’expérience utilisateur, chercher à mettre du sens dans les IHM, les rendre plus intuitives car porteuses de valeurs et de symboles, et donc anticiper de nouveaux usages ?? Là, rien, je ne vois pas…  mais vous en saurez plus au prochain épisode avec mise en pratique et étude de cas !

EDIT : Googlyrinth, petite explication d’image : l’internaute qui sourit… sourit parce qu’il est content, il voyage gratuitement en suivant le mouvement. Le conducteur est vorace, car il est avide de nouveautés et en bon geek il a un nez fin pour sentir les bonnes innovations. Le Googlyrinth (en gothique parce que c’est viril, ça en impose, quitte à être moins lisible par tous) ? Comme la fameuse première voiture mécanique, il remplit son rôle fonctionnel mais n’a pas les germes pour porter des valeurs plus humaines (sens + valeurs) dans sa forme actuelle. On va dire pour simplifier qu’elle n’est pas humanodynamique !

Article publié initialement le 08 septembre 2006 sur le blog « anuhi lou / Design sociétal + Innovation du quotidien » (aveia.typepad.com), rubriques : innovation, nouveaux usages, pédagogie.

Anuhi Lou