« Je n’ai pas le temps. Pas le temps de prendre du recul, de prendre le temps de réfléchir… de me poser ».
Et que diriez-vous de prendre le temps d’explorer le temps que vous n’avez plus ?
Le temps est un symptôme fort. On parle souvent de vision stratégique, nécessaire pour un dirigeant. Cette vision s’incarne concrètement dans un calendrier, dans une temporalité, dans une feuille de route. Il lui faut maîtriser la conjugaison à tous les temps : au présent pour parer aux urgences, souvent. Au passé aussi pour respecter l’ADN de son entreprise et ses succès. Et bien sûr, au futur pour piloter sa vision stratégique. Conjuguer tous ces temps et pouvoir y agir évidemment.
Ce symptôme est présent au-delà du monde de l’entreprise, pour la Terre aussi. L’éco-anxiété, qui touche toutes les générations, vient certainement de là : voir le futur venir et ne pas pouvoir agir. À quoi sert l’idée du temps si on ne peut pas l’influer ? C’est peut-être de cela dont il s’agit réellement, quand on parle de temps. La liberté. La liberté de ressentir, de penser, d’agir. À tous les temps.
L’imaginaire le plus commun du temps ? Le temps linéaire. Passé > Présent > Futur. Il a ses avantages et ses inconvénients. Dans ce temps, nous sommes comme des chevaux de trait équipés d’œillères — concentrés sur nos tâches, sans jamais y déroger, sans qu’aucune distraction puisse nous divertir de notre sillon de temps. Dans un monde si performatif, l’image n’est pas reluisante, suivant que l’on se situe entre ou en dehors desdites œillères, qu’on soit le cheval ou le fermier.
À une autre échelle, ce temps linéaire possède plusieurs granularités. Le temps d’un dirigeant est calqué sur sa vie et son mandat. Le temps d’un manager en charge d’un projet se compte en mois ou en semaines, le temps d’un salarié se cadre dans ses 35 heures. Toutes ces temporalités culturelles et sociales sont à emboîter comme des poupées russes pour que l’entreprise soit cohérente et efficiente, de sa vision à son exécution et vice-versa.
Alors imaginons la complexité à l’échelle d’une ville, d’une nation, de la planète ?
Et pourtant, à l’échelle de l’entreprise déjà, le temps est un matériel extrêmement riche, quand on prend le temps de l’explorer. Trois imaginaires à habiter :
Les capteurs de temps : l’attention captivée.
« TikTok ne passera pas par moi ! Je n’ai pas le temps pour cela ! » les femmes ingénues, lascives et les hommes musculeux, masculinistes sont effectivement remplacés par des présentations stratégiques, les mensurations incroyables sont des KPI. Si les sujets ne sont pas les mêmes, l’approche performative est similaire. PowerPoint comme un TikTok d’entreprise : captiver l’attention et faire perdre la notion du temps. Les 100 slides résumées en 3 slides exécutives — corps de texte 5 — sont les shorts d’entreprise. Le temps est compressé, mais l’attention nécessaire est démultipliée : l’unité de mesure n’est plus la minute, l’heure, la journée, mais l’attention. Vrai gain de temps sur ce temps compressé ou œillères stratégiques qui font rester dans des silos ?
Comment pourriez-vous faire de votre attention, un atout de votre entreprise ?
L’incompressibilité du temps : laisser pousser les plantes.
Un jardinier peut avoir tous les engrais de la Terre, il y a un temps de pousse nécessaire, un temps de maturation prévisible où les protagonistes se renforcent. Si le jardinier ne crie jamais sur ses plantes, il peut par contre favoriser leur environnement ou ajuster son calendrier, c’est de sa responsabilité. Bien sûr, les salariés de l’entreprise ne sont pas des plantes, c’est la limite de la métaphore. Mais il y a aussi des temps dans l’entreprise qui sont incompressibles, comme des saisons.
Comment pourriez-vous faire de ces temps incompressibles, des temps d’épanouissement et de croissance pour tous ?
La circularité du temps : Ouroboros is back.
Si l’économie industrielle avec ses processus de transformation verticaux a redressé Ouroboros, lui faisant lâcher sa queue, Edgar Morin, avec sa pensée complexe et le temps récursif l’a modernisé. Et si vous pouviez décloisonner le passé | présent | futur, comment utiliseriez-vous le futur pour arranger votre présent et passé ?
Quels avantages tireriez-vous à titre personnel et pour l’entreprise, d’avoir un temps plus circulaire ?
Trois imaginaires possibles du temps qui le rendent moins linéaire, mais tout à fait malléable et souple comme un serpent, fertile comme des saisons et porteur d’attentions.
Bref, le temps ne devrait être ni un impensé, ni une évidence aveugle : le temps est un levier stratégique pour un dirigeant, pour lui-même, pour ses équipes et pour les clients de son entreprise. Un temps innovant, singulier est un levier d’attractivité et de rétention. Si ici le cadre est l’entreprise, ces trois imaginaires habitables pourraient servir pour des échelles plus grandes, pour préserver sa liberté de ressentir, de pensée et d’action.
Et sinon, il y a le coaching. Dans l’imaginaire courant, le coach est un accélérateur : il optimise, il muscle, il fait rendre — un horloger un peu plus méticuleux, soucieux d’un temps plus performant. Il en est d’autres. Je suis de ceux qui travaillent moins la performance que la singularité et l’imaginaire.
Comment faire de votre temps, rendu moins linéaire par vos propres imaginaires, un levier majeur de votre liberté ?
Anuhi.
Publié initialement le 5 août 2026 dans Dans les cuisines, la newsletter Substack.



